Mercredi, 05 Juin 2019 00:21
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Dialogue national : Pensée d'un Mbourois Lambda Favori

J'ai suivi la cérémonie de lancement du dialogue national. Et j'ai été marqué par l'intervention professorale, comprenez par-là, magistrale du président de l'Assemblée nationale.
Ce monument de la politique sénégalaise a étalé la richesse de sa science. Dans sa générosité, il nous a enseigné, ou si vous voulez, expliqué l'étymologie du mot dialogue. C'est bien Monsieur le Président, vous avez enrichi notre culture et fait montre de votre profondeur intellectuelle ; c'était très agréable de vous écouter, et je vous en remercie. Votre belle et brillante intervention nous a permis de savoir que les romains, les grecs et autres civilisations médiévales occidentales savaient résoudre leurs bisbilles autour d'une table. Cela dit, j'aurai préféré une autre approche, Monsieur le Président. J'aurai préféré que vous disiez au monde, avec la même éloquence qui vous caractérise, que la démocratie : ce système politico-social qui apparaît comme un legs colonial, est tout aussi ancrée à la culture de l'Homo sénégalensis dans toute sa diversité ethnique et culturelle. Je ne prétends pas usurper une fonction d'historien ou de linguiste, cependant, la présence de certains mots et notions dans nos langues a suscité cette conclusion d'amateur-penseur.
Partant tout simplement du concept qu’une société ne trouve de nom que pour une notion qu’elle connait, pour ne pas dire qui existe. Chez les lébou, dans leur organisation sociale, on trouve une séparation des pouvoirs bien huilée et une division des rôles. Certes le roi est le chef suprême mais il est épaulé par un chef des affaires spirituelles et de la justice. Chez les Diola également on retrouve quasiment la même structuration : le chef de village est différent du chef du bois sacré des hommes et de celui des femmes et chacun tien son bout de pouvoir. N'est-ce pas la même organisation qu'on trouve dans l'aventure ambiguë où la grande royal et thierno tentaient, chacun de son côté, de convaincre leurs concitoyens autour du feu de la nuit comparable à l'Agora grec?
Je veux faire référence à la notion de penc (place publique) où on débat des affaires politiques et sociales de la société Wolof. Ils avaient eux-aussi très tôt, compris ce dicton cher aux occidentaux : « toutes les guerres se terminent autour d'une table ». Car, ils te diront que ‹‹réroo amoul gnak wax-tann mo am.›› mieux encore‹‹ sunu waxtané dioubo.›› La présence de certains mots dans ces langues me prouve, et j'espère vous en convaincre, que la concertation et la discussion sont des valeurs sûres et fondatrices de ces sociétés. Je veux parler de waaxtane, disso et autres...Les mêmes préceptes se retrouvent chez les Diola: ils disent eux aussi, « kaa dioukoor, ka diamoor. » (Se parler s’écouter).
Donc monsieur le Président, le dialogue n'est pas l'apanage des occidentaux, et j'aurais aimé que vous le disiez au monde ! Car, les générations présentes et futures doivent savoir que leurs ancêtres n'étaient pas barbaresques. Oh quelle belle image dans guelewar où l'Imâm et kor mak etalèrent leur écharpe à même le sol pour discuter, dialoguer.
Et comme, Ousmane SEMBEN et Cheikh Amidou KANE, j’aurais aimé que vous le disiez au monde. Certes nos langues sont orales, mais notre histoire est belle ! Alors ne mérite- t-elle pas d'être puisée et enseignée ?
Ces mots ne sonneraient-ils pas mieux, avec un plus grand écho, s'ils étaient de vous Monsieur le Président ?

Mental d'acier

idy niang

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