Mardi, 29 Août 2017 02:02
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DAARA MUZDAJAR : à la découverte d’un camp de vacance religieusement bien rempli. Favori

Les vacances sont souvent des moments de détente, de distraction et de repos pour beaucoup d’enfants. Les activités les plus pratiquées tournent autour du loisir. Par contre, certains parents préfèrent interner leurs dans des structures spéciales. A Warang, village situé à 8km au sud de Mbour sur la route de Joal Fadhiouth, le Daara Musdajar offre le cadre pour des vacances qui joignent l’utile à l’agréable  à travers un camp de vacance ouvert aux jeunes enfants désireux de renforcer leur formation religieuse pour une durée de 2 mois.

 

L’enseignement du coran et l’adoration de Dieu : un legs à perpétuer.

Créé par le marabout Serigne Cheikh Wade de Mbour dans l’esprit de prolonger un legs familial, le « Daara Muzdajar » est une institution scolaire coranique installée à la lisière du village de Warang situé à quelques encablures au sud de la commune de Mbour. Le fondateur est un exégète qui a fait ses études à Tivaouane sous l’aune des plus grands érudits de la ville sainte. Imbu de la connaissance religieuse et du savoir spirituel, il s’est installé dans la petite côte où ses ascendants avaient déjà allumé plusieurs foyers coraniques. Après ses études, il était revenu à Mbour pour perpétuer l’œuvre de ses aïeuls. Plusieurs hectares de terre destinés à l’initiation des enfants au coran et à la connaissance religieuse, ont permis à ce projet ambition et innovant de donner la possibilité à des familles sans ressources financières conséquentes de mettre leurs enfants à la formation religieuse et à l’apprentissage à la dévotion. Un cadre approprié dont la propriété lui a été cédée par sa mère qui lui aurait acheté le terrain à cet effet pendant que son fils était à la recherche d’un espace pour perpétuer le legs de ses aïeuls, grands érudits Tidiane connus et reconnus de par tout le pays. En effet,  le marabout Cheikh Wade a décidé de s’implanter sur ces terres pour se mettre au service de l’islam. Pour lui, cette école constitue un espace de parachèvement de la formation de certains disciples dont il avait commencé la formation depuis Tivaouane. En effet, le conseiller du Khalif des Tidianes, est un grand éducateur religieux. D’ailleurs, il assure le Tafsir du coran dans la ville sainte pendant la période du ramadan.  Ce qui a permis de développer cette école qui brille par sa discrétion et ses performances sur le plan de la formation pédagogique mais aussi spirituelle. Dans ce sens, le Directeur de l’école raconte que les activités qui se font dans cette institution scolaire sont multiples et variées mais tournent toutes autour de la religion musulmane et de la connaissance de façon générale puisque les potaches du daara sont aussi inscrits à l’école française pour pouvoir allier l’éternel et le temporel. Pape Moussa Kaïré indique : « La première activité que nous menons ici c’est apprendre le coran, ensuite initier les enfants à l’adoration de Dieu et à l’éducation religieuse. De surcroît, ils allient cela à la formation intellectuelle française à travers l’école publique. Il y en a aussi, dans une moindre mesure certains qui passent par une éducation professionnelle par l’apprentissage d’un métier », explique le Directeur.

Un internat ouvert à des vacanciers pendant deux mois.

L’école est spécialisée à l’éducation coranique et à la formation religieuse. Selon le Directeur Pape Moussa Kaïré, le programme journalier des élèves est assez chargé mais bien équilibré pour leur permettre de réussir à la fois à l’école française et dans la formation religieuse. « La journée de travail dans l’école commence dès l’aube. Nous réveillons les élèves à 5h du matin. Après la prière, ils commencent à étudier le coran jusqu’à 7h. A cette heure, chacun vient réciter la partie du livre saint étudiée avant d’aller prendre leur bain pour se préparer à aller à l’école française.  A leur retour dans le Daara vers les coups de 13h ils mangent, se reposent et se préparent à retourner à l’école pour certains. Les autres recommencent à étudier toujours le coran de 15h 30 à 18h. Dès cette heure, on les libère à l’intérieur de l’école pour leur permettre de jouer comme les gamins de leur âge et de se distraire pendant le reste la journée. Dès le crépuscule, ils recommencent avec les études nocturnes pendant deux heures de temps encore avant d’aller se coucher. Ce sont ces heures de la nuit qui sont consacrées à l’étude des leçons de l’école française », raconte Pape Moussa Kaïré. Il ajoute, depuis que l’école est ouverte, plusieurs élèves internes ont réussi à se faire un bon cursus scolaire allié à la bonne formation coranique qu’ils ont reçu dans Musdajar. « Certains sont arrivés à finir leurs études universitaires et certains sont devenus des enseignants, des médecins, et autres. Cette année même nous avions des candidats et chaque année nous avons de très bons résultats dans les examens scolaires. « Aujourd’hui, 283 potaches y sont internés pendant toute l’année pour commencer ou parachever leur formation religieuse et spirituelle. En plus d’eux il y a 136 autres enfants qui viennent du village tous les jours pour subir la même formation que les internes », fait savoir le Directeur de l’internat. Pendant les vacances, il y a des enfants qui en profitent pour apprendre le coran. « En fait, pendant les vacances, nous renforçons notre rythme de travail pendant une durée de deux mois. Cela finit toujours par une fête comme celle que nous avons organisée ce week-end. C’est le moment de faire une journée d’exposition de toutes les activités que les enfants font dans l’institution. On regroupe tous les parents d’élèves pour passer la journée avec eux », Pape Moussa Kaïré. Cette année 38 enfants ont participé à ce camp de vacance qui est organisé pour permettre à certains jeunes de profiter des leurs vacances pour se donner une toute autre formation. Selon le Directeur, ces enfants sont de provenances diverses de l’intérieur du pays et même au-delà. « Nous recevons des vacanciers de Dakar, de Rufisque, de Mbour et de tout le pays. Nous avons même des vacanciers étrangers qui sont venus de la Gambie et d’autres pays. Certains ne comprennent même pas le Wolof », confie Oustaz Kaïré.

« Nous cherchons à améliorer les conditions de vie d’année en année »

Tout ce travail se fait dans des conditions souvent difficiles. « Entretenir prêt de 300 enfants dans cette institution pendant toute l’année, les nourrir tous les jours et en plus de cela les maintenir à l’école française n’est pas chose aisée », martèle Pape Moussa Kaïré. Avant de continuer : « Tout le monde connait ce qu’il faut pour un élève mais des fois c’est nous qui nous fatiguons avec le marabout puisque certains parents ne prévoyaient pas d’amener leur gosse à l’école française, c’est le marabout qui considère que les enfants peuvent allier les deux enseignements et du coup, c’est lui qui se fatigue finalement à demander des aides en matériel scolaire, et autres besoins ».

C’est la même situation que décrit le Directeur concernant la nourriture. Il avoue : «  chaque jour nous sommes confrontés à une insuffisance de nourriture. Ce qui nous allège un peu la tâche, c’est que dans le village certaines familles ont pris en charge  des enfants et les nourrissent tous les jours. Mais tout le reste mange ici selon nos moyens ».

Et pourtant, au moment d’amener leur enfant, le Directeur rappelle « Nous disons à tous les parents que c’est votre enfant, vous avez toujours la responsabilité de sa nourriture et de certains de ses besoins. Malgré cela, certains parents restent pendant plusieurs mois sans prendre des nouvelles  de leur rejeton. Même pas au téléphone dans certains cas ». Dans le même sens, des bonnes volontés passent souvent pour aider l’école. C’est le cas de l’Association And Jappo Liguey de Mbour dirigée par la Présidente Coumba Mboup Lèye,  une ‘’Badiènou Daara’’ qui en moins d’un mois ont pu changer beaucoup dans la vie de ces enfants. « La première fois qu’elle est venue ici, j’étais en train de m’inquiéter sur comment trouver des corans, subitement elle est arrivée avec beaucoup de corans et d’autres matériels dont l’école a besoin. Depuis, elle fait beaucoup de choses, elle nous amène des habits, des chaussures, de la nourriture. Pour la journée de clôture du camp, elle nous a ramené beaucoup de riz et de l’huile ». Pour la donatrice, « ceci est juste le début d’un long chemin à parcourir avec Musdajar. D’ailleurs nous avons un certain nombre de projets à leur intention et que nous cherchons à réaliser le plus rapidement possible », confie Coumba Mboup.

En perspective d’une vie meilleure à Musdajar

Dans l’optique d’améliorer la vie dans l’institution, l’administration a conçu son idée sur l’avenir de l’école. En effet, le premier consiste à augmenter le nombre des 6 dortoirs du centre qui accueillent chacun plus d’une vingtaine de jeunes internes. Pour le Directeur « il faudrait encore 6 autres dortoirs ou plus. Déjà on ne voulait pas que les enfants dorment dans la salle d’étude coranique, mais on est obligé de leur y faire des couchettes ou dans notre ancienne mosquée que j’interdis même depuis le début de l’hivernage car j’ai constaté que la dalle retient de l’eau est cela est dangereux », explique-t-il.

De même, la clôture du terrain reste aussi un projet et un besoin pressant surtout durant cette saison des pluies ou les bêtes sortent de n’importe où. Dans la même lancée, il indique : « pour tous ces projets on y travaille mais pour le moment aucune issue n’est claire. Il y a quelqu’un qui était venu ici avec Mme Lèye, mais jusqu’à présent tout reste à l’état de promesse ». Enfin, Pape Moussa estime que le problème de la nourriture aussi est au cœur de leurs projets. Pour Mme Lèye, leur association compte aider la structure sur ce plan en créant une unité de maraichage sur le terrain pour leur permettre une autosuffisance alimentaire. Un rayon de lumière qui va illuminer le cœur des responsables de Musdajar au grand bonheur de ses internes.

IDRISSA AMINATA NIANG  ( avec Vox Populi)

idy niang

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