Dimanche, 14 Février 2021 23:10
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CONTRIBUTION – AFFAIRE OUSMANE SONKO/ADJI SARR : LE FOND DU PROBLEME Favori

         Durant toute mon éducation familiale et tout mon cursus scolaire, notamment en littérature, on m’a sans cesse appris, et à juste raison d’ailleurs, que le fond n’est rien sans la forme, et vice versa. Le premier pose tous les éléments constitutifs de la thématique abordée. Il évoque des arguments, relate les faits et preuves, convoque des illustrations… La seconde est un artifice langagier et technique pour rendre ces derniers plus audibles, pertinents et clinquants. Ces deux éléments fondamentaux dans tout discours, toute plaidoirie, toute attitude sont le recto et le verso d’une seule et même feuille. Mais le fond de mon propos n’est nul doute un plongeon dans mon penchant littéraire ; il s’agit plutôt d’une réaction raisonnée à l’actualité politique de la patrie de LAT Dior NGONE LATYR DIOP.

 

         Ousmane SONKO a été accusé de viol et de menace de mort par la désormais célèbre masseuse ADJI SARR. En droit, tout accusé bénéficie d’une présomption d’innocence. Autrement dit, dans une procédure d’instruction pure et simple, il n’est ni innocent, ni coupable. En parallèle, la seule arme juridique que puisse dégainer l’accusatrice demeure incontestablement la plainte à travers laquelle elle mentionne, détaille et dénonce le crime subi tout en aspirant, par la voie de la justice, à une réparation à la hauteur du préjudice. Elle est autant présumée victime que potentielle calomnieuse ou menteuse. Le statut de victime est double en ce sens qu’il peut être incarné par chacune des deux parties durant toute la durée de l’instruction.

Alors, SONKO est-il coupable du crime odieux dont il est accusé ? Le commun des sénégalais dont je fais partie n’en sait foutrement rien, puisqu’il est question de foutre dans ce dossier. Fait-il l’objet d’un complot orchestré sans scrupules par le pouvoir exécutif ou a-t-il fait preuve d’imprudence en se prodiguant des soins thérapeutiques dans un salon de massage ? Ces questionnements sont légitimes lorsque l’on scrute objectivement l’histoire politique du Sénégal. Ils sont recevables au regard des pratiques habituellement sournoises et machiavéliques qui ont porté MACKY SALL au pouvoir et dont il continue d’user systématiquement pour sanctuariser ce dernier. Là gît, en partie, le fond du problème.

 

           Installé avec nonchalance sur le cheval de l’A.P. R il a galopé toutes les marches vers le palais présidentiel tout en usant des violents et acérés coups de sabots de sa monture pour écraser, crocheter, frapper, torturer, humilier son mentor ainsi que tous ses adversaires, y compris les plus mordants. Moustapha Niasse se gave de l’argent du contribuable en lui servant de larbin et de fou du roi au sein d’un hémicycle institutionnel aux allures d’un concurrent direct du Grand Théâtre. Karim Wade ne peut même plus bénéficier de son droit le plus élémentaire qui est celui de voter. L’élan et la ferveur populaires de Khalifa SALL ont été brutalement foudroyés dans une affaire de vol de deniers publics. Par le même modus operandi, Idrissa Seck, jadis trahi et jeté en pâture dans le dossier des chantiers de Thiès, a signé son propre assassinat politique en acceptant un poste de complaisance dans une institution aussi budgétivore et publiquement peu impactante que la plupart des agences nationales ou gouvernementales. Des activistes et lanceurs d’alerte comme Guy Marius Sagna font des allers-retours permanents en prison juste pour avoir déclaré leur flamme à une patrie libre. Une éternelle et tranchante épée de Damoclès pèse sur les moindres faits et gestes de Barthélémy Diaz, allant jusqu’à nuire, tel un virus nébuleux, au lien affectivement impénétrable qu’il nourrit à l’égard de son père. Who’s NEXT ? A qui le tour ? Qui restait-il à mettre hors d’état de nuire ? Nul besoin de la VAR pour valider le but. Le leader du PASTEEF bien sûr. Face à cette évidence, l’imprudence de Ousmane SONKO a une profonde résonance.

 

         Des douleurs dorsales lancinantes auraient incité le fils de la Casamance à pousser plusieurs fois la porte du salon de massage Sweet Beauty, selon ses dires. En tant qu’homme il est absolument libre de soulager son mal gangrénant ou de bénéficier de soins corporels de remise en forme où bon lui semble. Pour pousser le bouchon plus loin, Il a même le droit absolu, en tant qu’homme, de choisir ADJI SARR comme masseuse attitrée. Avec plus si affinités, il a aussi le droit d’avoir avec elle des rapports sexuels non tarifés et consentis dans le strict cadre de leur vie privée et dans un espace autre que celui dédié au massage professionnel. Mais SONKO n’est pas un simple homme. C’est un Député. Il est un sérieux prétendant au pouvoir suprême, un présidentiable. Ces dernières décennies, il a été pour le Président MACKY SALL ce qu’Alexeï NAVALNY est pour Vladimir poutine, ce que le cybermilitant Julian ASSANGE, fondateur de Wikileaks, est pour le Nouvel Ordre Mondial ou la sacrosainte Communauté internationale. En un mot c’est un farouche opposant au profil et parcours atypiques et œuvrant pour une New deal politique en Afrique et la formation d’un Nouveau Type Sénégalais. Alors, avec son envergure politique, force est de constater qu’il a été carrément maladroit ou imprudent de fréquenter ce salon de beauté pour quel que motif que ce soit. La thérapie dont il aurait besoin n’est en aucun cas appliquée dans une structure pareille. En outre, le secteur des instituts de massage a été fortement secoué, il y a quelques années, par des scandales sexuels et des affaires de mœurs. SONKO se sait traqué et ennemi à abattre. Les nombreuses tentatives de déstabilisation et de diabolisation (« indépendantiste casamançais », « ennemi juré des confréries religieuses », l’affaire des 40 milliards, les messages audio WhatsApp…) dont il a fait l’objet dans un passé lointain comme récent en sont des exemples parlants. Bien que l’erreur soit endogène à l’être humain, Ousmane SONKO ne mérite pas pour autant cette honteuse cabale qui fragilise dangereusement les fondations de notre nation, piétinant par la même occasion, tel un vulgaire paillasson, les valeurs humanistes sur lesquelles notre société s’est construite. Le véritable fond du problème est justement à ce niveau.

 

         Pourquoi la même opération aux allures militaires n’a pas été déployée pour aller arracher par la force Serigne MODOU KARA de son domicile à la suite de l’affaire des deux morts dans l’un de ses centres de redressement ? Des auteurs reconnus de blanchiment d’argent, de trafic de faux billets, de faux et usage de faux… n’ont jamais été autant persécutés et politiquement lynchés. Plusieurs noms ont été cités dans des affaires supposées de corruption, de pot de vin ou de malversations financières dans des secteurs hautement stratégiques. Que nenni ! Parce que tout simplement on vit dans un pays divisé : les intouchables d’un coté et les militants dans l’âme de l’autre.

Dans un contexte dramatique lié à la COVID-19, pourquoi le Procureur utilise démesurément les moyens d’un Etat de plus plus policier au service d’un parti au pouvoir dans le seul but d’écarter et de ligoter un homme, innocent jusqu’à preuve du contraire, qui leur tient tête et est véritablement le seul à révéler pour des raisons d’utilité publique, toutes les magouilles et honteuses pratiques qui scient la branche sur laquelle notre avenir est assis ? Serait-ce probablement pour maquiller leurs carences et toutes les promesses électorales non tenues : la bonne gouvernance, l’Etat de droit, l’immobilisation du TER, la gabegie dans la distribution alimentaire lors de la première vague de l’épidémie… ? Serait-ce pour servir un énième spectacle infécond au peuple sénégalais pour mieux le divertir, l’enliser dans ses errements quotidiens et séculaires afin de mieux le mater ?

Le gouvernement n’a pas mieux à faire ? L’avènement au pouvoir de MACKY SALL a été rythmé par des morts. Les morts continuent de s’accumuler sur les routes, dans les campagnes oubliées, dans nos milieux urbains en proie à l’insécurité et au grand banditisme, sur les routes de l’immigration clandestine, au large de notre océan… Certes tous les maux du pays ne lui sont pas totalement imputables. Les précédents régimes n’ont pas été à la hauteur du destin que mérite notre nation. L’HOMOSENEGALENSIS souffre de sa vision court - termiste, n’exprime pas son intelligence avec le cœur mais plutôt pour briser celui de son prochain. Néanmoins, l’amnésie maladive qui caractérise son pouvoir en place nous pousse, tel LAT DIOR NGONE LATYR, à dire NON à la peur qui fait fuir nos jeunes vers des contrées lointaines et suicidaires, à dire NON à l’infantilisation et aux velléités de scission du peuple, à dire NON au torpillage de nos richesses. La pétition nous sert d’arme pour exprimer pacifiquement et élégamment notre colère, notre frustration et notre inquiétude. Elle n’est pas pourvue de valeur juridique, mais revêt un symbole fort et porteur d’espoir. Elle est la manifestation d’un Sénégal qui souhaite mettre sur orbite les prochaines générations. Il est vrai que nous sommes de passage sur notre terre, le SENEGAL. Toutefois il est de notre responsabilité en tant qu’actuels locataires unis et travailleurs de le saturer de soleil vers lequel nos futurs jeunes cœurs tendront. Alors, tel LAT DIOR NGONE LATYR, disons OUI à l’appel de l’honneur qui manque manifestement à nos dirigeants, disons OUI à tout patriote qui sacrifie son souffle pour un Sénégal ensoleillé, disons OUI au retour de nos meilleurs valeurs ancestrales ayant forgé notre destin et tracé droit nos chemins verdoyants de palmiers verts. Le fond est rigide et lourd s’il ne s’appuie pas sur la forme. La forme demeure superficielle et sans intérêt si elle n’épouse pas les contours d’un fond. Le Sénégal est fondamentalement un fond sur lequel nous devons profondément investir sans couture et sans en exclure ou confondre la moindre composante. Voilà le fond du problème !

 

PAR ALASSANE THIAM

UN AMOUREUX DU SENEGAL

idy niang

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